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Projet Phalanstère 

Le centre d’art contemporain de Brétigny s’est défini progressivement, comme un lieu de création contemporaine, ses activités se sont d’abord inscrites dans un hall polyvalent. Puis les expositions organisées avec les artistes l’ont peu à peu structuré. La définition et le développement de ses missions ont donné aux locaux des fonctions de production, d’exposition et de documentation qui restent en évolution constante. Son aménagement est caractérisé par un dialogue permanent avec un site architectural qui n’a pas été conçu pour recevoir ce type d’activité. Cette relation témoigne d’une histoire et d’une politique des centres d’art en France, de la création progressive, dans des locaux existants, de lieux d’essai, plutôt que la définition d’une norme architecturale dédiée à cette activité expérimentale. Théâtre, cinéma, traduisent des pratiques artistiques mais aussi des modèles architecturaux. Un centre d’art désigne un lieu ajustable, un espace à occuper, une forme à organiser sans cesse. L’histoire de ces structures, l’évolution des pratiques artistiques, l’incidence des politiques sociales et économiques sont lisibles dans la création et l’adaptation des dispositifs de travail, d’exposition et d’accueil de ces lieux. En 2000 à l’occasion de l’agrandissement des espaces professionnels et publics du centre d’art, Xavier Franceschi (directeur 1992-2003) commandait plusieurs œuvres dans l’esprit d’associer des artistes à une nouvelle phase d’aménagement des lieux (Atelier van Lieshout, Xavier Veilhan). En 2003, dès mon arrivée à la direction du centre d’art, j’ai travaillé à partir de l’installation de ces quelques œuvres, elles formaient l’ébauche d’une situation à construire pour relier le périmètre intérieur et extérieur d’un bâtiment replié sur lui-même. J’ai proposé de fonder les activités du centre d’art autour de la présence permanente d’œuvres pérennes et éphémères et d’initier, tout au long de ma programmation, dans une collaboration étroite avec les artistes, de nouveaux projets qui contribuent au développement des moyens de création et de pédagogie, qui favorisent les relations sociales entre l’intérieur et l’extérieur du lieu et les riverains (lycée, habitations). Un nombre significatif d’œuvres réalisées sur le site et visibles en permanence pour certaines, alternativement pour d’autres, forme maintenant un ensemble en évolution constante Atelier van Lieshout (2003) David Lamelas et Mathieu Lehanneur (2004) Teresa Margolles, Lionel Estève, Lois et Franziska Weinberger. (2005). Sans obéir à un protocole obligé, mais en privilégiant l’expérience sur le site, de nouvelles pièces apparaissent à la suite du dialogue entretenu avec les artistes, comme avec la réalisation sur le site du centre d’art d’œuvres de Roman Ondak (2006) de Rainer Oldendorf, de Nicolas Chardon ou de Hans Walter Müller (2007). Les expositions et projets temporaires de Santiago Sierra, Artur Zmijewski (2004), Annie Vigier et Franck Apertet ou R&Sie(n) François Roche (2005), Markus Schinwald, Clemens von Wedemeyer et François Laroche-Valière (2006), Prinz Gholam (2007), Franz Erhard Walther (2008), ou Jimmy Robert (2008) se superposent ou s’articulent aux œuvres inscrites dans le lieu en jouant avec d’autres modalités de présence et d’usage.
La communication obéit au même principe, le projet graphique de Marco Fiedler et Achim Reichert (Vier5) se renouvelle en fonction du projet et des artistes invités par le CAC. Chaque exposition personnelle ou de groupe « Involution », « Beetween the Furniture and the Building » « La Monnaie Vivante » ou « Projet Phalanstère » fait naître une nouvelle écriture. Chaque nouvel événement ou nouvelle exposition du centre d’art contemporain de Brétigny développe à partir de différents formats de présentation une lecture de son contenu en perspective avec les activités de recherche, de création et d’éducation qui se déroulent dans le lieu. Le CAC Brétigny propose d’agir comme un « anti white cube », le médium ne prend pas le pas sur le message, la politique culturelle du centre d’art n’instrumentalise pas le travail des artistes en plaquant des actions et des thématiques sur leurs projets. Les œuvres sont aux premiers plans et proposent aux publics des repères critiques essentiels.

Pierre Bal-Blanc
Directeur du CAC Brétigny





Lionel Estève : Myope et amnésique
Peinture de signalisation. CAC Brétigny, 2005

Lionel Estève propose un dessin gigantesque pour une vision parcellaire n’existant que dans le mouvement. Sur le parking, l’artiste a réalisé un graphisme à l’échelle de cette étendue
« de sorte que du sol on ne puisse pas l’appréhender dans son ensemble, un peu à la manière des dessins Nascas ». A la différence de ces dessins du sud du Pérou, le dessin du parking ne peut se voir ni du ciel ni d’une hauteur parce que son trait est trop fin pour être vu de loin, de sorte, il apparaît et disparaît au fur et à mesure qu’on le parcourt. C’est un dessin à parcourir physiquement et il disparaîtra avec le temps.






Atelier van Lieshout : Edutainer
Containers, bois, mobilier. CAC Brétigny, 2003

Edutainer est une œuvre de Atelier Van Lieshout située à l’extérieur du centre d’art. Sans imposer un message simple sur son usage intérieur, cette architecture faite de deux containers de marchandises greffés d’une citerne, véhicule l’idée d’une activité en cours. Les containers renvoient au système d’échange mondial des marchandises et à la standardisation de la circulation des matières brutes et manufacturées sur terre, sur mer et dans les airs. Les containers de Edutainer sont l’expression de la standardisation des échanges planétaires. Ouvert de fenêtres et de portes, cet assemblage intrigue le passant et s’expose à son jugement. Passé le seuil, le contraste est saisissant, un aménagement intime et chaleureux, généreusement habillé de bois brut. Atelier van Lieshout propose avec Edutainer le trajet de l’expérience pédagogique, celui que l’on doit faire avec toute oeuvre d’art et qui consiste à aller au-delà des apparences pour atteindre le contenu du savoir.




Teresa Margolles :
Table et deux bancs - Mesa y dos bancos
Eau, ciment, pigments, résine. CAC Brétigny, 2005

Mesa y dos Bencas est un mobilier réalisé pour l’extérieur avec un mélange de ciment, de pigments et de résine, agrégé avec de l’eau acheminée depuis les laboratoires médicaux légaux de Mexico city, Mexique. L’eau utilisée a servi pour laver, après autopsie, les corps des personnes assassinées. Table et deux bancs se présentent aux visiteurs et aux passants comme une aire de repos, un espace domestique extérieur en écho avec l’intérieur.




Lois & Franziska Weinberger :
Jardins portables - Transportabler Garten
Sacs, terre. CAC Brétigny, 2005

Lois et Franziska Weinberger ont apporté des sacs de transport provenant d’un quartier d’immigrés de Vienne en Autriche. Ils proposent de s’en servir ici de jardin pour les graines qui
sont amenées naturellement par le vent et les oiseaux. Depuis leur installation et leur remplissage avec de la terre du champ voisin, les plantes poussent librement et s’enracinent en faisant disparaître progressivement les sacs.






David Lamelas : Projection (l’effet écran)
Béton. CAC Brétigny, 2004

Projection est une oeuvre qui a été présentée à Buenos Aires à l’Institut Torcuato Di Tella en 1967, elle est maintenant dans les collection du 49 NORD 6 EST - Frac Lorraine. Deux projecteurs sont placés dos à dos dans un espace d’exposition. L’un diffuse une image de lumière sur le mur, l’autre projette la lumière dans un espace ouvert où elle se disperse et disparaît. Pour son exposition au CAC Brétigny, David Lamelas installe à nouveau cette œuvre en l’adaptant pour qu’un des éléments de l’installation reste définitivement sur le site. Il fait réaliser un corridor en béton pour conduire vers l’extérieur la lumière d’un des deux projecteurs. Depuis l’intérieur de l’espace d’exposition le bout du couloir découpe un écran. Après l’exposition, le parallélépipède en béton créé une nouvelle entrée pour le centre d’art et produit à l’extérieur un dialogue avec l’architecture.





Atelier van Lieshout : Annexe
Résine, mat divers. CAC Brétigny, 2000

Atelier van Lieshout a été invité lors de l’agrandissement du centre d’art à réaliser une annexe. Le cahier des charges de cette commande détaille ses fonctions:
accès informatique, source vidéo, distribution de boissons. Trois offres reliées à trois activités de réception du public. Ce programme est réalisé par AVL dans une architecture rationalisée et déterminée par l’échelle et le déplacement du consommateur. L’objet ainsi formé s’appuie sur la façade en s’ouvrant de l’intérieur à la dimension d’un corps debout. En déterminant la forme extérieure par la présence et l’usage intérieur, AVL inverse la hiérarchie des formes dans l’architecture et repositionne l’usager comme point d’origine du plan.





Teresa Margolles : Fosse commune - Fosa comùn
Eau, ciment, pigments, résine. CAC Brétigny, 2005

L’œuvre Fosse commune qui s’étend sous nos pieds est un sol détruit puis reconstruit avec un mélange de ciment, de pigments et de résine, agrégé avec de l’eau provenant
du Mexique et transportée illégalement dans les bagages des amis de l’artiste. Cette eau a servi pour laver à la morgue, après autopsie, les corps de personnes assassinées à Culiacán, mégapole violente et haut lieu du cartel de drogue, ville de naissance de l’artiste. L’eau a ensuite été utilisée comme liant pour le nouveau sol du centre d’art.





Xavier Veilhan : Le Feu
Cheminée Gyrofocus. CAC Brétigny, 1996

Le Feu nous rappelle que l’espace s’organise en fonction de l’activité, il doit se développer à partir d’un point vital et non par rapport aux limites arbitraires d’un cadre. C’est le foyer qui induit le périmètre et la spatialisation de l’activité. L’œuvre est ici un foyer où le bois se consume, un changement d’état s’opère. Un corps solide devient produit gazeux. Mais Xavier Veilhan expose aussi le danger hypnotique de ce jeu formel et la dispersion en ordre excentrique qu’il produit sur les fonctions du corps.
C’est le rôle de l’art de montrer simultanément dans toute chose son principe de production et sa logique de destruction. Le Feu conservé par le centre d’art de Brétigny est une idée précieuse destinée à être partagée. Itinérant il peut s’installer partout pour rappeler l’origine de notre développement et la mesure qu’il faut lui apporter.





Atelier van Lieshout : Banque d’accueil
Résine, bois. CAC Brétigny, 2000

Cette Banque d’accueil a été créée par Atelier van Lieshout en fonction des contraintes liées à la polyvalence du lieu. Ce mobilier qui fusionne l’assise et la banque en une seule pièce, permet de s’adapter facilement, où qu’elle soit installée. Sa forme courbe livre au public une lisibilité immédiate sur son usage.




Mathieu Lehanneur : Les Moulures utiles
Plâtre synthétique, peinture. CAC Brétigny, 2004

Les Moulures utiles de Mathieu Lehanneur sont des éléments modulables en plâtre synthétiques à fixer au mur : étagères, range-CD, vide-poches, bancs. Elles cristallisent plusieurs idées. Créer une hybridation entre design et architecture en faisant fusionner les meubles avec le bâti architectural et en empruntant les matériaux et les techniques de la maçonnerie. Travailler à la disparition de l’objet et à son absorption par son environnement. Jouer sur les codes de l’ornementation ostentatoire et de la fonctionnalité brute. Faire du signe extérieur de richesse, qu’était la moulure de l’appartement haussmannien, un signe intérieur de confort.





R&SIE(n) : The Void
Panneau, impression numérique sur bâche.
CAC Brétigny, 2005

«Si ce monde vous déplait, vous devriez en produire quelques autres*»
Le panneau de chantier placé sur le site du CAC Brétigny participe au protocole territorial ‘The Void’ développé par François Roche, Stephanie Lavaux et Jean Navarro de l’agence R&Sie(n). Le schéma génératif du scénario des architectes est inspiré par une pièce appelée “The Void” qui participe à l’organisation du pouvoir dans l’architecture de l’Angleterre Elisabéthaine et qui neutralise son exercice traditionnel.
Le protocole ‘The Void’ développé par R&Sie(n) abolit les modes de représentation sociale en s’adressant à tous les usagers de la même façon. Il dé-professionnalise la parole en ouvrant une enquête publique sur le devenir d’un fragment urbain. Son schéma résultant est l’expression d’un “corps collectif” généré par des impulsions individuelles.
(citation inspirée de P. K. Dick*)





Roman Ondak : Is that the way it was?
City Gallery Prague, 1998
CAC Brétigny, 2005

Banc fabriqué avec une section de la cimaise de l’espace d’exposition. Trou dans la façade vitrée du centre d’art placé en correspondance avec l’entrée circulaire du refuge d’oiseau fixé à l’extérieur de la vitre.





Michel Aubry : 7 tapis afghans
CAC Brétigny 2000

Les 7 tapis afghans de Michel Aubry conservés par le CAC sont présentés de façon temporaire en fonction des expositions. Collectés et exposés par l’artiste, ces tapis ont été confectionnés massivement en Afghanistan au moment de l’invasion par les soviétiques en 1979 et vendus principalement à ces mêmes soldats russes. Tissés et noués conformément à la tradition, leur particularité réside dans la représentation de motifs guerriers qui contrastent avec l’iconographie et la stylistique traditionnelle de l’art du tapis en Asie centrale. Ces emblèmes issus de la guerre avec les soviétiques sont ainsi digérés, intégrés et “conjurés” par la culture qu’ils avaient pour mission de détruire





VIER5 : Projet graphique in progress
Editions graphiques. CAC Brétigny 2003/2006

La collaboration entre Vier5, le CAC Brétigny et les artistes n’obéit à aucune charte, ni à aucun logo préétablit. Les typographies utilisées pour la communication du programme du CAC changent selon l’actualité et l’humeur de la recherche personnelle des graphistes. Le logo se renouvelle en fonction du projet et des artistes invités par le CAC. Chaque manifestation fait naître une nouvelle écriture.





Vier5, Achim Reichert & Marco Fiedler : Ceramics 
Coproduction CAC Brétigny / Documenta XII Kassel Allemagne, 2007
Plots céramique. Signalisation.

Signalétique pour la Documenta XII Kassel.





Hans Walter Müller : Paysage habitable 
Structure en acier, bois, toile écran, dimensions variables
Production CAC Brétigny 2007.
En partenariat avec le Lycée Jean Pierre Timbaud, Brétigny

Le Paysage habitable développé par Hans Walter Müller sur le parvis du centre d’art contemporain de Brétigny se déploie comme une grille infinie qui serait posée dans l’axe du carrefour des flux des usagers d’une parcelle urbaine sur laquelle, pour reprendre les termes utilisés par François Roche, se nouent simultanément plusieurs réalités. Celle d’un centre d’art, d’un lieu culturel, d’un lycée général et professionnel qui lui fait face, celle des habitants et des passants et qui forment par leur convergence sur ce site le principe d’une réalité augmentée. La structure modulaire tridimensionnelle d’exposition de Hans Walter Müller propose de matérialiser la géométrie variable de cette trame de réalités laissée à son stade virtuel en associant les compétences artistiques du centre d’art et celles techniques du lycée.





Nicolas Chardon : 68 
68 carrés, bois, peinture noire
Production CAC Brétigny, 2007

il faudrait savoir si la radicalité en peinture peut être également partagée. Précisément, sortir ces 68 plaques de l’endroit de l’art, ce n’est pas comme rapporter le porte-bouteille au BHV. C’est plutôt agir par soustraction, en retirant à cet objet, déjà à la limite de l’art, son aura potentielle, sa qualité artistique. Pour qu’il n’y reste plus que de la peinture.





Rainer Oldendorf : Allégorie réelle déterminant une phase
de 17 années de ma vie artistique
Trous dans le sol
Production CAC Brétigny, 2007

Rainer Oldendorf «...l’art est le continuum des formes, et le roman, tel que l’envisagent les romantiques, est la manifestation tangible de ce continuum.»* La méprise constructive commencerait ici en remplaçant le mot roman par le mot exposition.

Découpe dans murs.
Production CAC Brétigny, 2007

* Walter Benjamin, « Le concept de critique esthétique dans le romantisme allemand », traduit de l'allemand par Philippe Lacoue-Labarthe et Anne-Marie Lang, Paris, Flammarion, 2002.





Cyprien Gaillard : Le canard de Beaugrenelle
Bronze, béton ; 200 X 150 X 200 cm ; Pièce unique
Copyright 5ème Biennale d’art contemporain de Berlin /
Cosmic Galerie, Paris

Provenant du quartier de Beaugrenelle à Paris où des tours édifiées dans les années 70 bordent la seine, ce canard en bronze a pris place sur la terrasse de la Neue NationalGalerie de Berlin, symbole de la modernité réalisée par Mies Van Der Rohe, à l’occasion de la dernière biennale d’art contemporain de Berlin. L’acte proposé par Cyprien Gaillard de déplacer à nouveau cette sculpture d’un oiseau migrateur au CAC Brétigny est une réflexion amère sur les succès et les échecs de l’architecture utopique. Le canard devient un symbole et un symptôme des idéaux déchus des logements sociaux des années 60 et 70 et de la politique artistique dans les espaces public. Cette sculpture propose aussi à sa façon de poursuivre le débat lié à la destruction de l’oeuvre de David Lamelas survenue avant son installation au Centre d’art contemporain de Brétigny.


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