Hans Walter Müller « Paysage habitable », la structure tridimensionnelle de Hans Walter Müller créée spécialement pour le parvis du CAC Brétigny est réalisée en collaboration avec les professeurs et les élèves du Lycée technique Jean-Pierre Timbaud de Brétigny. Exposition du 11 octobre au 8 décembre 2007 ![]() ![]() ![]() ph: Steeve Beckouet Un Paysage habitable « La pression et la tension constituent les principaux problèmes posés par une architecture ascensionnelle. Contrairement à toute la tradition de la construction, larchitecture des fluides ne repose pas sur lempilement dont elle est la critique explicite, mais sur une dynamique ascendante.»(1) Les architectures dair, les gonflables de Hans Walter Müller transforment notre relation au bâti en transgressant non seulement la loi de la gravité, mais la loi humaine qui instaure par la sédentarité lordre de la propriété. Le pilier, emblématique dans lhistoire de larchitecture et qui selon Jimmie Durham ressemble à « une stèle, une pierre tombale dressée »(2), est littéralement dématérialisé par lingénieur architecte Hans Walter Müller. La propulsion dune énergie homogène dont lair est la matière construit une multitude de piliers et de portants invisibles qui à la différence de tous les édifices humains qui font converger leur force au centre de la terre, dessine une constellation dorientations dans une variété formelle inédite pour lhabitat. Larchitecture chez Hans Walter Müller est régressive, elle retourne aux fondamentaux de lhabitat éphémère et nomade, elle est en même temps progressive, elle détourne les techniques du destin unique quon leur assigne. La destruction récente des barres locatives en Europe provoque leffondrement des idées modernistes fondées sur la densité, sur la dilution de larchitecture et de lurbanisme sans faire le détail sur la portée dun processus daménagement conçu au profit dune science générale du lien humain. Le projet moderne articulé sur la porosité des frontières intimes et sociales, sur le développement dactivités humaines émancipées de la norme industrielle, est renié par trente ans dune interprétation désastreuse de la modernité qui sest contentée pour lhabitat dêtre une interprétation au profit dune économie des matériaux. Jean Charles Massera dans un texte danticipation (3) dans lequel il présente le plan dun Secrétariat dEtat de lutte contre lhabitat pavillonnaire qui propose comme solution la démolition de seize maisons Catherine Mamet du lotissement de Bel Air en Bourgogne, montre que le projet post capitaliste du logement privatif fondé sur la propriété subdivisée et sécurisée des grands ensembles pavillonnaires est léchec programmé de lavenir. Lexpropriation et la destruction semblent être les solutions uniques du présent et du futur du développement des projets durbanisme. Nous sommes à lère dun habitat jetable qui fait un retour sur les notions modernes de léphémère mais par la précarité, qui revient sur la dynamique du nomadisme mais sur fond dinsécurité. Hans Walter Müller vit et travaille sur un terrain qui ne lui appartient pas, quil ne loue pas, mais quil pratique depuis trente cinq ans dans une relation quotidienne avec laérodrome de Cerny dans le département de lEssonne en France. La structure gonflable quil a conçue pour organiser sa vie et son travail avec sa femme Marie-France respire et croît comme un organisme en évolution constante au cur dun sous bois naturel. Le gonflable est une membrane qui structure le déploiement tridimensionnel des aménagements domestiques et professionnels du couple. Les subdivisions de la maison traditionnelle sont remplacées par la création dun Paysage habitable* qui associe travail et plaisir, intérieur et extérieur dans des séquences infinies dexpériences. Lidée du Paysage habitable selon Hans Walter Müller cest de privilégier lespace et cest de concevoir son aménagement en fonction du son et de limage, de la sonorisation et de la projection, pour quil se renouvelle continuellement. Cavités, reliefs, passages, couloirs et promontoires dessinent une géographie sensuelle qui associe léchelle humaine aux dimensions de la nature. Si lair remplace la pierre dans larchitecture de Hans Walter Müller, cest pour que limagination circule sans fin et ne se fige pas dans les murs et les cloisons dun projet dont les usages auraient été prévus à lavance. Si le recyclage des fluides remplace la gestion des déchets solides, cest pour que lagencement soit programmé dans le mouvement du processus dun objet non fini, rythmé par laventure dune expérience propre à ses usagers. Le Paysage habitable développé par Hans Walter Müller sur le parvis du centre dart contemporain de Brétigny se déploie comme une grille infinie qui serait posée dans laxe du carrefour des flux des usagers dune parcelle urbaine sur laquelle, pour reprendre les termes utilisés par François Roche (4), se nouent simultanément plusieurs réalités. Celle dun centre dart, dun lieu culturel, dun lycée général et professionnel qui lui fait face, celle des habitants et des passants et qui forment par leur convergence sur ce site le principe dune réalité augmentée. La structure modulaire tridimensionnelle dexposition de Hans Walter Müller propose de matérialiser la géométrie variable de cette trame de réalités laissée à son stade virtuel en associant les compétences artistiques du centre dart et celles techniques du lycée. Il révèle ainsi la géographie des liens sur ce fragment urbain, les cultive, par des lignes, des niveaux horizontaux et verticaux, des nuds de liaisons, des fibres, des articulations qui conjuguent les principes de réalité propres à chaque usager. Lexposition Projet Phalanstère (5), au cours de laquelle se déroule la collaboration entre larchitecte et le lycée, revient en réactualisant lutopie concrète de Charles Fourrier sur un des fondements littéraires de la modernité qui a contribué à transformer le principe de réalité. Que ce soit une réalisation au bénéfice dune communauté ou à léchelle du foyer et de latelier (le gonflable à Cerny), chez Hans Walter Müller, les espaces naturels, domestiques, publics et professionnels se segmentent sans se cloisonner. Ils sont irrigués par différentes réalités au profit de la création dun Paysage habitable, dont les usages ne sont pas prévus à lavance mais se définissent dans le mouvement dun processus sans fin. Pierre Bal-Blanc Paris/Brétigny, Mai 2007 *Un Paysage habitable est une expression de Hans Walter Müller extraite dun entretien réalisé en Mai 2007 (1) Alain Charre « Quand lair remplace la pierre » texte en cours 2006. (2) Jimmie Durham Between the Furniture and the Building traduit en Français ED5 CAC Brétigny 2005/6. (3) Jean Charles Massera « Quelque chose en nous de général (le discours) » Consortium/Nouvelles scènes 2001. (4) R&Sie(n) François Roche « The Void » ED5 CAC Brétigny 2005/6. (5) Le Phalanstère de Charles Fourrier 1829. Exposition « Projet Phalanstère » avec Mathieu Lehanneur, Prinz Gholam, Hans Walter Müller CAC Brétigny 2007. < |
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