Lactivité du centre dart contemporain de Brétigny se divise en trois secteurs qui proposent au public une approche différente de loeuvre. Un accès direct avec le travail des artistes dans lespace principal dexposition, un rapport étendu au territoire sur le parvis du centre dart et une relation animée par des activités au niveau des espaces daccueil du théâtre, du centre dart et de la médiathèque. La nouvelle grille de programmation du centre dart se décline en trois rubriques définies par rapport à lactivité des artistes et des publics dans ces trois secteurs. < Expodrome: Le programme dexposition intérieur est consacré aux projets personnels et collectifs, cest le support principal de production et de présentation proposé aux artistes. La relation à loeuvre saffirme dans son rapport direct avec le spectateur. Archidrome: Ce programme se développe dans le prolongement des oeuvres installées temporairement à lextérieur du centre dart et qui ont marqué lhistoire du lieu. Déterminée par une relation qui englobe le bâtiment et qui sétend au territoire, cette nouvelle zone dexposition confronte les artistes au caractère signalétique de larchitecture et à léchelle du paysage semi urbain. Designdrome: Proposé au niveau de laccueil et du bar du centre dart, du théâtre et de la médiathèque ce programme sarticule autour des fonctions de cet espace de connexion: sinformer, étudier, se restaurer, se reposer. Designdrome est une approche de lexposition déterminée par les contraintes dun lieu de circulation et par les critères de fonctionnement dun espace polyvalent. Son contenu proposera des liens thématiques en rapport aux expositions et donnera des repères pour les futurs projets. Une nouvelle grille de programmation par Pierre Bal-Blanc: Le centre d'art contemporain de Brétigny s'est défini progressivement comme un lieu de création contemporaine. Ses activités se sont dabord inscrites dans un hall polyvalent. Puis les expositions organisées avec les artistes lont peu à peu structuré. La définition et le développement de ses missions ont donné aux locaux des fonctions de production, dexposition et de documentation qui restent en évolution constante. Son aménagement est caractérisé par un dialogue permanent avec un site architectural qui na pas été conçu pour recevoir ce type dactivité. Cette relation témoigne de lhistoire et de la politique des centres dart en France, de la création progressive, dans des locaux existants, de lieux dessai, plutôt que la définition dune norme architecturale dédiée à cette activité expérimentale. Théâtre, cinéma, traduisent des pratiques artistiques mais aussi des modèles architecturaux, un centre dart désigne un lieu ajustable, un espace à occuper, une forme à organiser. Lhistoire des centres dart, des rapports de lart aux réalités sociales et économiques est lisible dans le collage et ladaptation des dispositifs de travail, dexposition et daccueil qui composent ce type de lieu. Le Feu de Xavier Veilhan nous rappelle que lespace sorganise en fonction de lactivité, il doit être développé à partir dun point vital et non par rapport aux limites arbitraires dun cadre. Avec cette oeuvre, Veilhan transfère la composition centrée et non relationnelle de la peinture moderniste, du plan au volume. Il ranime une géométrie primitive de lespace dont les grilles de Mondrian et les compositions all over de Toroni sont issues. Cest le foyer qui induit le périmètre et la spatialisation de lactivité. Mais comme avait pu le faire avant lui Jasper Johns avec Target, Veilhan expose aussi le danger hypnotique de ce jeu formel et la dispersion en ordre excentrique quil produit sur les fonctions du corps. Cest le rôle de lart de montrer simultanément dans toute chose son principe de production et sa logique de destruction. Le Feu conservé par le centre dart de Brétigny est une idée précieuse destinée à être partagée. Itinérant il peut sinstaller partout pour rappeler lorigine de notre développement et la mesure quil faut lui apporter. En 1997 Maurizio Cattelan pour son exposition à Brétigny utilise la technique du collage en la transposant à léchelle delarchitecture. Il reproduit, comme on laurait fait avec une photocopieuse, le toit de léglise du XIIIè siècle situé dans le champ de vision du bâtiment municipal qui accueille le centre dart et le replace sur le bâtiment lui même. Avec cette duplication, Maurizio Catellan créé une perspective historique entre le lieu de culte et le lieu de culture. Il expose la prise de contrôle du temps inscrite en creux dans larchitecture. Lhorloge du bâtiment contemporain coiffé dun clocher crée un effet décrasement des différents plans idéologiques, des croyances religieuses et démocratiques et affirme le pouvoir exercé sur la représentation que larchitecture post moderniste hésite à dire clairement. Ce collage inversé, puisquil recrée une continuité plutôt quil ne provoque une rupture, révèle le manque de précision du projet postmoderne et la difficulté pour les commanditaires, comme pour les architectes dassocier pleinement la création contemporaine à son lieu dexpérience. Limage extérieure du bâtiment ne communique pas lexistence dun contenu artistique mais ré équilibre le caractère impersonnel des espaces polyvalents intérieurs. Maurizio Cattelan souligne ainsi lincohérence de larchitecture par rapport à lexpérience, il nous renvoie une image corrigée qui révèle lécart entre linterprétation politique de la culture et sa pratique. En 2000 dans le cadre de sa participation à linauguration de lextension du centre dart, lAtelier van Lieshout est invité à réaliser une annexe. Le cahier des charges de cette commande détaille ses fonctions: accès informatique, source vidéo, distribution de boissons.Trois offres reliées à trois activités de réception du public. Lorganisation de ce programme est réalisée par AVL dans une architecture rationalisée et déterminée par léchelle et le déplacement du consommateur. Lobjet ainsi formé sappuie sur la façade en souvrant de lintérieur à la dimension dun corps debout. Sa forme intérieure nest ensuite déterminée que par le mouvement des personnes et lusage des appareils. En déterminant la forme extérieure par la présence et lusage intérieur, AVL inverse la hiérarchie des formes dans larchitecture et repositionne lusager comme point dorigine du plan. Installé sans permis de construire, cet objet architectonique vient sinscrire à larticulation des deux périodes du bâtiment et indique que la recherche de la forme se trouve dans nos comportements. En créant leurs oeuvres, les artistes définissent laménagement des espaces et la structure des programmes dexpositions. Un centre dart est un site changeant. Linstabilité est sa qualité, la mobilité est son système de réaction, le chantier est son mode opératoire. Lorganisation de ses locaux traduit les relations entre lexpérimentation artistique et les normes politiques, sociales et économiques de son temps. Par conséquent, un centre dart est toujours en retard sur les pratiques artistiques tout en étant complètement conditionné par elles. Le Plan masse dun centre dart est à géométrie variable. Son origine est le salon qui propose des points de vue panoramiques en harmonie avec la perspective, la galerie est un panorama. Lui succède un espace objectivé, matérialisé par lopération conceptuelle de loeuvre, le plan est transformé en support/signe, le site est un programme. Le stade actuel du plan dun centre dart serait celui de lécran, de la contiguïté du proche et du lointain, de lintérieur et de lextérieur, de lobjet et du sujet dans la même spirale. Lexposition nest plus une confrontation entre loeuvre et le lieu comme cétait encore le cas avec les pratiques in situ. Loeuvre se développe maintenant dans une relation, lespace et le spectateur sont des facteurs qui concourent à sa réalisation. Loeuvre est un dispositif dexposition qui réagit au standard de linformation. Lartiste prend en compte tous les modes dapparition de son travail. Loeuvre a intégré (embeded) son exposition. À limage du Saut Méduse de Carsten Höller, le piège de la communication est tendu. La Machine de vision que Paul Virilio perçoit dans loeil et la forme réticulaire de la méduse présage dun avenir communicationnel redoutable, il est maintenant notre présent. Pierre Bal-Blanc, 2003 |
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