Ici il ne s’est rien passé—suite

Fanny Souade Sow

  • U+0052-007

    Lettre maj. latine R

  • BRETIGNY

    Titrage

  • s.n.

    Impression couleur, 7,6 × 8,1 cm

  • Brétigny Aujourd'hui, №76, p.1

    1992

«Ici il ne s’est rien passé—suite»

Commissaire: Daisy Lambert

Depuis 2018, Fanny Souade Sow développe la série «Ici il ne s’est rien passé», un ensemble de plaques commémoratives honorant la mémoire d’individu·e·s victimes de violences policières et, plus récemment, de personnes décédées au cours de rixes. Les plaques sont disséminées dans l’espace public sans qu’il n’y ait de rituel commémoratif.

D’abord produites à la main et avec des matériaux divers, elles suivent aujourd’hui un protocole: sur une plaque de marbre blanc apparaît une date et l’inscription «Ici il ne s’est rien passé». L’absence de nom et la sérialisation de l’objet font écho à l’invisibilisation déshumanisante, à la violence quotidienne subie par certains corps. Son travail dénonce simultanément la violence raciale, la mémoire dite légitime (mais véritablement excluante) et par extension, le rôle de la statuaire publique dans ce processus de légitimation.

Sur une invitation de la commissaire d’exposition Daisy Lambert, Fanny Souade Sow poursuit ses réflexions au CAC Brétigny. Dans le cadre de sa résidence, elle propose «Ici il ne s’est rien passé—suite», un projet en deux temps ancré sur le territoire.

En collaboration avec l’artiste, des élèves du lycée professionnel Paul Langevin et du collège Jean Macé de la ville de Sainte-Geneviève-des-Bois enquêteront sur la notion d’héritage et les enjeux de mémoire à partir des monuments qui habitent leur quotidien. Quelles formes prennent les monuments de commémoration au sein de l’espace public? S’agit-il de symboles, de personnalités? Pourquoi ont-ils été choisis? Que représentent-ils pour les habitant·e·s d’un territoire?

Le projet sera le moyen de proposer une approche critique de la commémoration dans une perspective dé-hiérarchisante. Le travail de réflexion collectif vise à mettre à distance les «lieux de mémoire» du commun. Il aboutira à un atelier de pratique artistique: la création de micro-monuments ou de contre-monuments accueillera des récits plus intimes, légitimant des célébrations personnelles et singulières.

Dans un second temps, Fanny Souade Sow souhaiterait initier un dialogue avec des acteur·rice·s politiques locaux·ales afin d’engager un pas supplémentaire vers la reconnaissance des inégalités raciales et sociales. Qu’il s’agisse de violences policières ou de rixes, le territoire de l’Essonne n’est pas exempt de ces phénomènes violents. Pensés comme un projet ouvert, les échanges entre l’artiste et les acteur·rice·s locaux·ales permettront peut-être de concevoir des formes pérennes de visibilisation au sein de l’espace public.
 

Fanny Souade Sow est née en 1994 à Versailles. Elle vit et travaille en région parisienne. D’abord formée au dessin d’exécution en communication graphique à Paris, elle sort diplômée de l’École supérieure d’art et de design de Grenoble–Valence en 2020. Le travail de Fanny Souade Sow est habité par des questionnements d’ordre sociopolitique et historique. Que ce soit sous la forme d’éditions, de sculptures, de performances ou à travers le médium vidéo, elle dénonce les effets de l’héritage colonial sur les corps racisés. Si ses œuvres rendent compte de mécanismes d’oppression systémiques et violents, elles participent également à l’écriture d’une mémoire collective. Un mouvement de reconnaissance qui est une étape fondamentale, à la fois pour une reprise de possession des corps minorisés que pour une réappropriation des espaces. En 2019, elle rejoint l’équipe de SAVVY Contemporary à Berlin et Kinshasa pour le projet «Spinning Triangle». Ses œuvres ont récemment été montrées dans des expositions collectives notamment au MAC VAL—Vitry-sur-Seine (2019), à l’Académie Royale de Bruxelles (2020), au FRAC Franche-Comté—Besançon et à la Fondation Kadist—Paris (2021), à la galerie Eric Dupont (2022). En janvier 2022, elle a bénéficié d’une première exposition personnelle au RECYCLART—Bruxelles. Fanny Souade Sow est sélectionnée pour le 66e Salon de Montrouge.

Daisy Lambert est née en 1994. Elle vit et travaille en région parisienne. Diplômée de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en histoire, histoire de l’art et patrimoine et musées, et de Sciences Po Paris en politiques publiques culturelles, Daisy Lambert est aujourd’hui commissaire d’exposition indépendante. Entre 2016 et 2022, elle participe à plusieurs projets d’expositions collectives en France et à l’étranger: Spot Production Fund—Istanbul, Turquie; Cneai (Centre national édition art image)—Pantin; Van Abbemuseum—Eindhoven, Pays-Bas; Le Lac—Bruxelles, Belgique. En 2020-2021, elle était assistante de collection au Cnap (Centre national des arts plastiques). En lien étroit avec son travail curatorial, elle mène une activité de recherche. Attachée à l’étude des mécanismes d’inclusion et d’exclusion dans les institutions culturelles, elle produit en 2018 une étude sur le FRAC Martinique (Fonds Régional d’Art Contemporain) dont l’histoire a été passée sous silence. L’année suivante, elle rejoint la Queer Constituency (groupe activiste queer) du Van Abbemuseum. En 2020 et 2021 elle collabore à nouveau avec le musée et l’association Studio I pour proposer des pistes d’inclusion des communautés queer racisées dans les collection publiques d’art aux Pays-Bas. Elle publie également dans la revue numérique Faire monde(s) centrée sur la création contemporaine caribéenne.

Cette résidence est un dispositif pilote de la DRAC Île-de-France dans le cadre du SODAVI Île-de-France. Il comprend les actions menées par Fanny Souade Sow en collaboration avec la Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, le collège Jean Macé et le lycée Paul Langevin de Sainte-Geneviève-des-Bois. Fanny Souade Sow est artiste associée à la résidence curatoriale de Daisy Lambert.