ELGER

Workshops

  • U+0045-003

    Lettre maj. latine E

  • BRETIGNY NOTRE VILLE

    Titrage

  • s.n.

    Impression couleur, 2,2 × 1,6 cm

  • Brétigny Aujourd’hui, №53, p.1

    01.01.1990

Juliette Beau Denès
Morgane Brien-Hamdane
Laura Burucoa
Pauline Lecerf
Vinciane Mandrin
Zoé Philibert

Commissaires: Fanny Lallart et Céline Poulin

 

ELGER est un projet mené par le CAC qui se situe au croisement de l'art et de l'éducation populaire. Il s’agit d’une série d'interventions artistiques collaboratives avec des groupes d'enfants, dans l'idée de réfléchir aux processus de transmission comme forme, comme proposition artistique.

Comment déjouer les rapports verticaux au sein d'un groupe? Comment redéfinir les polarités opposant habituellement l'enseignant·e et l'apprenant·e? Comment déhiérarchiser les savoirs? Ce sont autant de questions qui pourront être explorées au cours des différents ateliers.

ELGER prend place en parallèle et en dialogue avec un autre projet mené cette année au centre d'art autour des enjeux de pédagogie: l'Ǝcole. Véritable recherche en acte, l’Ǝcole est un espace de discussion et d’expérimentation pour ses futur·e·s usager·ère·s potentiel·le·s afin de penser des contenus pédagogiques et une structure partagés: qui enseigne quoi, comment et pour qui? À la fois distincts, mais aussi liés par les problématiques qu'ils soulèvent, nous imaginons qu'ELGER et l'Ǝcole pourront se nourrir mutuellement dans leurs expérimentations respectives.

Prononcé «Elles gèrent», ELGER fait référence aux méthodologies d'auto-détermination mises en place par différents courants féministes depuis les années 70. En effet, leurs pensées ont permis de conscientiser ce qui nous détermine, nous ont apporté des outils pour penser la circulation de la parole et du pouvoir, notamment par l'attention toujours renouvelée qu'elles portent à la transmission horizontale comme un acte d'autodéfense. Influencées par des penseuses féministes et pédagogues comme bell hooks ou Audre Lorde, nous sommes attachées à l'ancrage d'ELGER dans cette histoire. Aussi, c'est pourquoi nous avons fait le choix d'adresser notre invitation seulement à des femmes, dont le travail s'inscrit directement pour certaines dans ces enjeux.

ELGER est aussi un projet d’éducation populaire et ainsi ancré dans cette histoire méconnue du milieu de l’art. Le travail prospectif de l’artiste Marie Preston, et la sortie prochaine de son livre Co-éducation inventer l'école, penser la co-création (1960-1990) infuse notre recherche. En effet, l'investigation de Marie Preston au sein des écoles ouvertes, dispositifs publiques pensant la co-éducation, met en avant certains outils permettant le travail en groupe:

Pour s’inventer en tant que collectif, chaque groupe doit décider de gestes instituants spécifiques à son fonctionnement. Cela suppose que des «artifices», des «institutions» soient mis en œuvre. L’artifice «tente de faire fuir les agencements qui, dans une situation donnée, bloquent, enferment les capacités d’agir.» Il consiste à inventer de nouvelles habitudes et à croire en leur potentiel effet transformateur. Il nous oblige à des «décalages» et à réfléchir à ce qui semble «naturel». Quant au terme «institution», pour Fernand Oury il désigne «ce que nous instituons ensemble en fonction de réalités qui évoluent constamment» : «La simple règle qui permet à dix gosses d’utiliser le savon sans se quereller est déjà une institution.» [...] Ainsi dans les pédagogies institutionnelles comme dans la co-création, la formation et le fonctionnement du groupe participent des recherches-actions et recherches-créations en étant parties prenantes du processus artistique et du processus pédagogique. La conscientisation du groupe et l’implication de chacun·e dans son fonctionnement accompagnent l’activité partagée dans une dynamique démocratique. L’éducation populaire et les pédagogies institutionnelles nous donnent des outils techniques et théoriques permettant ce devenir collectif. Pourquoi cela est-il nécessaire? Car les phénomènes qui ont lieu au sein d’un groupe sont les mêmes que ceux que l’on trouve dans nos sociétés qui favorisent l’individualisme, où les relations sont sous-tendues par des enjeux de pouvoir, par des rapports différents à la langue, par des processus de domination homme/femme, culturels ou encore économiques. [...] En 1986, Félix Guattari disait dans le cadre d’un colloque sur «L’éducation et ses réseaux» qu’il faut d’abord «réinventer des machines de socialité, […] au niveau le plus élémentaire, pour qu’ensuite puissent se réinstaller des formes d’organisation  capables de reprendre en charge les grands problèmes de société.»[1]

Forte de ce constat, chaque artiste ou médiatrice mettra ainsi en place dans ses ateliers un processus «artificiel» pour expérimenter d’autres façons d’être ensemble. Par ailleurs, les héritages de la pensée féministe et de l’éducation populaire nous intéressent aussi dans leur capacité à penser autrement la catégorisation traditionnelle des savoirs. La déconstruction de ce qui oppose habituellement les savoirs dits «légitimes» (aux yeux des institutions artistiques ou éducatives) et ceux non légitimes, sera également un axe exploré à travers les ateliers en convoquant par exemple la danse domestique, le fan art, le nail art, ou encore en apprenant à se couper la parole.

ELGER est ainsi porté par l'idée, utopique mais importante, qu'à l'échelle de chaque groupe se jouent et se rejouent des logiques qui articulent plus largement une société. Dans cette dynamique: faire vivre d'autres types d'organisations collectives, essayer d'autres façons de faire ensemble,  est une expérience d'émancipation politique forte.

Fanny Lallart et Céline Poulin

Notes:

[1] extrait de Co-éducation inventer l'école, penser la co-création (1960-1990) Marie Preston, dir. Marie Preston & Céline Poulin, éditions Tombolo Presses et CAC Brétigny, à paraître en 2021

 

Ce projet s'inscrit dans le cadre du Contrat Terrritorial d'Éducation Artistique et Culturelle (CTEAC) de Cœur d'Essonne Agglomération avec la DRAC Île-de-France et l'Académie de Versailles. Il bénéficie du soutien du département de l’Essonne et du Service du Développement et de l'Action Territoriale de la DRAC Île-de-France. «ELGER» réunit des actions menées par les artistes avec l'école maternelle et l'école primaire Aprinivilla à Avrainville, l'école primaire Roger Vivier de Marolles-en-Hurepoix, l'école primaire André Malraux à Villiers-sur-Orge, le collège Jean Zay de Morsang-sur-Orge et le collège Roland Garros de Saint-Germain-lès-Arpajon. 

Fanny Lallart (née en 1995 à Lyon) vit et travaille à Montreuil et est artiste, écrivaine et militante. Elle a étudié à l’École nationale supérieure d'arts de Paris-Cergy où elle a passé son diplôme en octobre dernier. Ce dernier a pris la forme d’un espace de parole radiophonique ouvert. Elle développe depuis plusieurs années un travail critique à travers une pratique d’écriture et des projets collectifs. Elle a publié son mémoire sous forme de fanzine, intitulé 11 textes sur le travail gratuit, l’art et l’amour, dans lequel elle interroge notre rapport au travail en s’appuyant sur les pensées d’autrices comme Elsa Dorlin, Sara Ahmed et Sarah Schulman. Elle est co-fondatrice de la revue Show, une revue étudiante participative. Elle a également été à l’initiative avec Thily Vossier de «Minimarket», un cycle d’expositions dans une supérette à Lyon de 2016 à 2019. En 2021, Fanny Lallart est en résidence au CAC Brétigny.

Juliette Beau Denès est diplômée en 2020 de l’École nationale supérieure d'arts de Paris-Cergy (ENSAPC). Elle pratique l’écriture et la photographie. Elle travaille en particulier sur l'autoportrait (photo et écrit) et réfléchit à l'image de soi, comme outil d'émancipation et outil d'auto-fiction. En 2020, elle a intégré le master Création littéraire de l’Université Paris 8 Vincennes—Saint-Denis et elle fait partie de la revue étudiante participative Show. Monitrice BAFA en dehors de son travail d’artiste, Juliette a l’habitude de travailler avec des publics jeunes.

Morgane Brien-Hamdane est diplômée de l’ebabx—école supérieure des Beaux-Arts de Bordeaux en 2019. Elle développe une pratique centrée sur la danse et l'écriture, notamment en animant des ateliers dédiés aux approches kinésithérapeutiques du corps dans des squats et des milieux associatifs. Également chercheuse au sein du département Danse de l’Université Paris 8 Vincennes—Saint-Denis, elle travaille sur l’écriture d’un livre interrogeant le lien entre la danse comme pratique domestique et les pratiques somatiques comme modèles d’une pédagogie nouvelle.

Diplômée de la Haute École des Arts du Rhin en 2018, Laura Burucoa s'intéresse aux pratiques de transmissions de savoirs ainsi qu'aux manières de faire histoire par le biais de la vidéo, la performance, l'écriture et la conception de situations collectives. Elle développe une attention particulière aux enjeux et aux moyens de communiquer, raconter et collaborer lors d'expériences comme animatrice en séjour de vacances pour enfants ou comme guide conférencière (aux Rencontres d'Arles à l'été 2015 et au MAC VAL depuis 2019). Penser l’œuvre d’art dans toute son écologie et travailler les contextes de production, de diffusion et de médiation sont des composantes importantes pour chacun de ses projets. Elle a également participé à plusieurs expositions collectives comme artiste ou curatrice (CRAC Alsace, Syndicat Potentiel, Hangar 9, Casino Luxembourg, etc.).

Pauline Lecerf vit et travaille à Paris. Elle obtient son diplôme en 2016 à la Haute École des arts du Rhin (HEAR) et participe en 2018 au programme de recherche «Création & Mondialisation» de l'École offshore de Shanghai. Elle réalise des pièces radiophoniques, des dessins, des performances et des publications. À travers ces médiums variés, elle explore avec poésie et humour des relations de tension (le précis/le flou, l’inquiétant/le rassurant, comprendre/ne pas très bien comprendre). Pauline Lecerf est aussi à l’origine de «Tomber oui, souffrir non» en 2019 (en collaboration avec Adélaïde Gandrille et Flore Magnier, traceuses de parkour), un cours-performance gratuit de 1h15 consacré aux techniques permettant de tomber par terre sans se faire (trop) mal.

Vinciane Mandrin est diplômée en 2020 de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon (Ensba Lyon). Elle développe une pratique polymorphe en prenant l'écriture comme point de départ. Elle travaille sur les manières de penser, avec une grammaire artistique, des stratégies de défense, de fuite ou de détournement des assignations. Son travail se développe dans des formes performatives, éditoriales, sonores. Elle intervient aussi régulièrement dans des tables rondes, revues, fanzines, émissions radio ... Elle a créé en 2018 le collectif féministe intersectionnel Cybersistas, groupe de travail sur les questions de discriminations dans les écoles d'art. Depuis peu, elle conçoit et anime, avec Nino André et le collectif Fouhét-Cù, des workshops autour de questions d'autodéfense féministe et de performance dans des écoles d'art (ISBA Besançon, ENSAD Paris, ENSAPC, ESACM ...). Elle a récemment présenté sa dernière pièce performative, Cabaret Quelconque, à la BF15 (Lyon).

Zoé Philibert est née en 1991 à Albi et elle vit et travaille à Montreuil. Diplômée en 2016 de l’École nationale supérieure d'arts de Paris-Cergy (ENSAPC). Zoé Philibert écrit des textes qu’elle publie sur son site internet et dans des éditions bricolées. Elle conçoit aussi affiches et performances et réalise depuis 2016, la web-série WAFA qui montre les séances d’échauffement d’un groupe de «gigoteurs» en quête d’un «nouveau mouvement». Son travail prend aussi la forme de «concert-tutoriels», de «textes-partitions à danser», de «pogo-poèmes» et de séances de danse collectives. La danse et la pratique du mouvement lui sont rapidement apparues comme le prolongement évident des poésies actions. Les expériences de groupe se retrouvent dans l’ensemble de ses projets, par exemple avec les interprètes avec qui elle travaille, qui composent au fil des projets une véritable bande.

Pour toute information complémentaire concernant ce projet: l.ledour@coeuressonne.fr