lunulae #2

26.02—03.03.24

  • U+0076-000

    Lettre min. latine v

  • “Le plaisir de laver votre linge en toute simplicité”

    Enseigne

  • s.n.

    Adhésif, 6 × 4 cm

  • Arpajon

    s.d.

«lunulae»
Cycle d’expositions et de résidences
Commissaire: Thomas Maestro

«lunulae #2»
Installation de Loucia Carlier dans le cadre du Salon du livre jeunesse de Saint-Germain-lès-Arpajon à l'Espace Olympe de Gouges
26.02—03.03.24
Du lundi au vendredi de 9h à 12h et de 13h30 à 18h, le samedi de 10h à 19h et le dimanche de 10h à 18h.

Pour le Salon du livre jeunesse de Saint-Germain-lès-Arpajon, Loucia Carlier présente une œuvre murale en skaï (cuir synthétique) blanc, une sorte de maquette souterraine, et deux œuvres entre tableau et sculpture. Dans son travail, l’artiste mélange généralement des objets et images liées à différentes iconographies. Sur le grand format blanc, elle met en rapport des images liées à des références adolescentes des années 2000, aux sorcières, à l’intérieur du corps, aux psychotropes, au monde de l’entreprise ou encore à la science-fiction spatiale…. Par cette diversité, elle nous laisse ainsi entrevoir la complexité de sa construction culturelle intime. Chacun·e de nous est habité·e de croyances parfois contradictoires que l’on préfère dissimuler, pour ne les révéler que dans des contextes sécurisants et en présence de pairs qui les comprennent et les partagent. C’est aussi ce que suggère la maquette blanche qui nous plonge entre les murs miniaturisés d’une grotte. Habité d’un lit, d’une planète, ou encore d’éléments informatiques, un espace souterrain et intime, normalement caché aux yeux du monde, se dévoile.

Les deux autres œuvres présentées ici nous plongent aussi sous terre. À côté de ces cavités, on distingue d'autres éléments en volume, qui jouent sur différentes échelles et nous invitent à nous immerger dans un petit monde. L’artiste, bien qu’adulte, est fascinée par les jouets en plastiques produits dans les années 1990-2000 représentant des univers de taille réduite où peuvent interagir des figurines. Loucia Carlier utilise cet intérêt dans son travail, faisant apparaître de petites planètes tirées d’un film de science-fiction ou des maquettes de mobilier imprimées en 3D qui rappellent des salles d’attente. On discerne également les chaises et les tables d’espaces de réunion en entreprise. Ces objets semblent avoir été désertés par les travailleur·euses, qui ont peut-être disparu·es suite à la fin du monde.

D’autres éléments peuvent évoquer l’univers des cybercafés ayant permis, au début de notre siècle, l’expansion des communications sur internet et de la culture des hacker·euses. En cachette, ces dernier·ères explorent les profondeurs du numérique pour en détourner les usages, accéder à des informations dissimulées, ou perturber le rythme de production d’un monde régenté par les entreprises privées. Ici, il n’est pas question de juger des impacts positifs et négatifs des actions des pirates. L’artiste préfère nous révéler la possibilité de communications secrètes et souterraines, résistant à la brutalité des entreprises et préférant le repos à la productivité à tout prix. C’est ce que suggèrent les images d’une femme assoupie, un casque sur les oreilles. Il s’agit d’une téléopératrice que l’on imagine employée par une entreprise de démarchage téléphonique, elle-même au service d’une plus grande compagnie. Les employé·es de ces entreprises, souvent mal payé·es, proposent leurs services à distance avec une demande de rendement toujours plus importante. Elles et ils enchaînent un grand nombre d’appels quotidiens, sous la surveillance permanente de leurs managers qui évaluent leurs performances. L’image utilisée par l’artiste montre ici l’acte de résistance d’une travailleuse qui préfère se reposer et rêver d’un autre monde plutôt que de se laisser déborder par les contraintes du travail.

 

Après un parcours en école d’art (ESADHaR Le Havre et Rouen), Thomas Maestro a choisi d’ouvrir sa pratique artistique à une dimension curatoriale. Il s’est formé dans le cadre d’un master de commissariat d’exposition (Sorbonne Université) et fait partie du collectif Champs magnétiques. Avec ce groupe, il co-construit les cycles d’expositions «Des soleils encore verts» (2021) et «Le réseau des murmures» (2023-2024). Il a également été curateur associé et chargé de projets au Cneai (Centre National Édition Art Image), puis assistant artistique et de commissariat auprès de Daniel Purroy à Vitry-sur-Seine (artiste et ancien directeur artistique de la Galerie Municipale Jean-Collet). Il est également membre du duo artistique et curatorial Éléments partout, cofondé en 2020 avec sa collaboratrice Agathe Schneider. Il s’intéresse aux secrets, aux décalages du réel, aux ruines et aux cabanes, à ce qui est peu visible mais bien présent. La transmission est au cœur de ses envies, en tant que vecteur de mouvements collectifs.

Loucia Carlier (née en 1992) vit et travaille à Paris. Ancienne élève de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris et de l’école cantonale d'art de Lausanne, elle est lauréate de la bourse Révélations Emerige en 2020. Ses œuvres, entre sculpture et peinture, forment des paysages hybrides qui créent et empilent des histoires nous projetant dans un futur dystopique. Elle est en résidence à la Villa Belleville en 2023. Son travail a notamment été présenté au Centre d’Art Contemporain de Genève en 2019, chez Art:Concept à Paris en 2021 et au Salon de Montrouge en 2023.