lunulae

Cycle d’expositions et de résidences
2023—2024

  • U+0052-010

    Lettre maj. latine R

  • GALERIE FRANCVAL

    Enseigne

  • s.n.

    Peinture, 45 × 30 cm

  • Arpajon

    s.d.

Ethan Assouline
Célia Boulesteix
Loucia Carlier
Victor Gogly
Collectif Grapain
Louise Hallou
Andréa Spartà
Sandar Tun Tun
Chloé Vanderstraeten
Xolo Cuintle

Cycle d’expositions et de résidences
Commissaire: Thomas Maestro

Dans la trilogie de romans de science-fiction Les Livres de la terre fracturée de N. K. Jemisin, le monde est ravagé par des catastrophes sismiques et géologiques (tremblements de terre, déchirement du sol, apparition de volcans…) Les gens tentent de survivre dans des sociétés fragiles, cimentées par l’exclusion d’une partie de la population: les «orogènes». Ces humain·es qui ont le pouvoir d’interagir avec les forces telluriques sont écarté·es, traqué·es, parfois tué·es. Pour tenter de survivre à la marge et apprendre à contrôler leur pouvoir, elles et ils forment des communautés secrètes. Dans l’une d’elles, des centaines de personnes se réfugient dans une immense grotte, formant une société souterraine. Au fil des livres, l’on découvre que certain·es orogènes particulièrement puissant·es ont la capacité de provoquer ou d’empêcher des cataclysmes, mais que cela affecte leur corps: leur peau et leurs organes se changent en pierre. Le récit glisse petit à petit de la surface aux profondeurs et inversement: la puissance terrestre souterraine ressort dans les pouvoirs de certain·es individu·es, qui se réfugient à leur tour sous terre, avant que leur lutte pour exister ne les transforme en pierre. Par définition une surface «recouvre» et «dissimule» des profondeurs. Les différents sens de ces termes et leur lien indissociable, qui émergent à la lecture des livres de N. K. Jemisin, sont au centre de ce cycle d’expositions et de résidences. Plusieurs des pratiques artistiques rassemblées s’en saisissent en effet.

Ces circulations entre les couches terrestres sont notamment présentes dans la pratique de Victor Gogly, qui ramasse au sol les matériaux de ses sculptures. L’attention qu’il porte à ce qui l’entoure, aux surfaces qu’il parcourt, lui permet d’accéder, dans un état méditatif, à son intériorité. Il établit ainsi un parallèle entre profondeurs géographiques et mentales. Cet échange se retrouve chez Louise Hallou, fascinée par les grottes préhistoriques et les cultures que l’on qualifie de souterraines. Lors de l’activation de sa performance The reflection of Dog’s belly, l’artiste déambule dans l’espace après s’être recouverte d’une fourrure. Elle dessine d’étranges symboles sur ses bras et ajoute des prothèses en scotch sur ses doigts, donnant l’impression d’être une humaine préhistorique parcourant sa grotte. Ce jeu de recouvrement et d’ajouts corporels laisse aussi penser qu’elle façonne son identité, faisant transparaître certains éléments intérieurs pour transformer son image extérieure. Le travail de Loucia Carlier baigne lui aussi dans une atmosphère énigmatique. Certaines de ses sculptures dévoilent des mondes souterrains peuplés de symboles et d’indices à décoder, dont certains transparaissent à la surface. Ces mêmes œuvres ont un aspect organique qui nous renvoie à nos propres corps où, à la manière de cavernes, reposent nos secrets les plus intimes. Chloé Vanderstraeten rend à son tour visible la frontière entre l’intérieur et l’extérieur, en nous permettant de nous placer d’un côté ou de l’autre de ses dessins et architectures de papier.

Les notions de surface et de profondeur—terrestres, corporelles, mentales, culturelles—sont liées à la question du secret. Un secret est une chose dissimulée à l’intérieur d’une autre (bouche, poche, boîte, enveloppe, esprit, etc.) Le contenu, caché dans les profondeurs, transparaît parfois à la surface du contenant qui le camoufle. Ce qui est passé sous silence s’échappe parfois par indices pour faire apparaître un récit sur quelqu’un·e ou quelque chose. L’espace où l’on peut deviner ces petites traces remontées pourrait être désigné comme une zone. Il s’agit d’un lieu réel ou imaginaire, avec des limites floues et des règles qui lui sont propres. Une zone est ambiguë, à la fois dépendante et distincte de ce qui l’entoure. Elle est une sorte de seuil qui facilite le passage entre l’intérieur et l’extérieur. On peut considérer ici la zone à la manière des frères Arkadi et Boris Strougatski dans le livre Stalker. Pique-nique au bord du chemin (1972), adapté au cinéma par Andreï Tarkovski (Stalker, 1979). L’œuvre originale et son adaptation se déroulent en partie dans «la zone», un terrain vague gigantesque rempli de ruines apparu sans que l’on sache comment ni pourquoi. Pour entrer dans ce lieu, il faut être accompagné·e d’un guide: le stalker. La zone n’est pas un simple espace physique: elle interagit avec les personnes qui la parcourent, en s’insinuant dans leurs pensées, les égarant et modifiant leur manière d’être. Elle est un personnage à part entière, qui change en permanence. Le temps y file aussi curieusement: passé, présent et futur sont brouillés. Plusieurs artistes de «lunulae» jouent de ces troubles temporels. Il nous appartient alors d’essayer de décoder les traces et indices qui nous sont laissés.

Sandar Tun Tun conçoit ses installations sonores à partir de sources enregistrées ou synthétiques, mais aussi d’éléments physiques qui sont les traces de récits et d’existences passées. Iel propose de circuler entre différentes couches d’imaginaires et de réalités, entre savoirs publics et personnels. Ses dispositifs sont parfois habités par la performance, dont les traces sont visibles en dehors des temps d’activation. Célia Boulesteix parcourt les villes, le regard baissé, à la recherche d’éléments abandonnés (textiles, matériaux brisés, images abîmées…). Ces fragments sont énigmatiques et chargés d’histoires que l’on peut tenter de deviner sans jamais y parvenir tout à fait. Ce fort lien aux objets est également présent dans le travail d’Andréa Spartà, qui agence des éléments domestiques dans des installations. L’artiste considère ses sculptures comme de petites zones: des espaces familiers qui semblent pourtant dotés d’une logique et d’un temps en décalage avec la réalité, aux significations variables. Les sculptures d’Ethan Assouline sont quant à elles souvent des assemblages d’objets ayant inondé le marché au début du millénaire. Ces objets ont toujours l’air coincés dans un futur déjà dépassé, dans la promesse affadie de beaux lendemains. Le duo Xolo Cuintle nous projette dans un temps géologique inconnu où les végétaux et les restes de notre civilisation (mobilier, éléments d’architecture et de décor) se seraient hybridés. Le béton avec lequel sont réalisées leurs sculptures est un indice de l’époque imaginée par les artistes, où ce matériau hérité de notre industrie serait devenu le composé naturel dominant. Le collectif Grapain trouble aussi les frontières entre les temporalités, le naturel et l’artificiel. Maeva et Arnaud Grapain créent des installations dans lesquelles on devine les matériaux et les formes caractéristiques de nos technologies actuelles. Elles ont cependant l’aspect de ruines curieusement organiques.

Les dix artistes et duos enfouissent ainsi des indices ou créent des traces de futurs possibles situés dans des espaces aux contours indécis. Le titre du cycle d’expositions et résidences qui les rassemble, «lunulae»—«petites lunes» en latin—renvoie aux parenthèses. Ces signes typographiques créent une rupture dans le déroulé d’une phrase, un espace à côté de la narration principale. Elles sont à la fois une surface qui recouvre la partie du texte mise en retrait et une petite zone au cœur du récit.

 

Après un parcours en école d’art (ESADHaR Le Havre et Rouen), Thomas Maestro a choisi d’ouvrir sa pratique artistique à une dimension curatoriale. Il s’est formé dans le cadre d’un master de commissariat d’exposition (Sorbonne Université) et fait partie du collectif Champs magnétiques. Avec ce groupe, il co-construit les cycles d’expositions «Des soleils encore verts» (2021) et «Le réseau des murmures» (2023-2024). Il a également été curateur associé et chargé de projets au Cneai (Centre National Édition Art Image), puis assistant artistique et de commissariat auprès de Daniel Purroy à Vitry-sur-Seine (artiste et ancien directeur artistique de la Galerie Municipale Jean-Collet). Il est également membre du duo artistique et curatorial Éléments partout, cofondé en 2020 avec sa collaboratrice Agathe Schneider. Il s’intéresse aux secrets, aux décalages du réel, aux ruines et aux cabanes, à ce qui est peu visible mais bien présent. La transmission est au cœur de ses envies, en tant que vecteur de mouvements collectifs.

Ethan Assouline (né en 1994) vit et travaille à Paris. Sa pratique, qui se déploie à travers la sculpture, l’installation, l’écriture, l’édition, le dessin et l'organisation de moments collectifs autour de la lecture et l'écriture tente de poser un regard critique sur la ville moderne et son langage dans ses dimensions architecturales, économiques et politiques. Il a exposé son travail, entre autres, au centre d’art et de recherche Macao à Milan en 2019, au Crédac à Ivry-sur-Seine en 2022 et au Grand Café à Saint-Nazaire en 2023. Il est membre de Treize, structure associative de production, d’exposition et d’édition.

Célia Boulesteix (née en 1996) vit et travaille à Paris. Elle est diplômée de l’École supérieure des arts appliqués Duperré en 2019. Artiste pluridisciplinaire, elle mêle peinture, sculpture, installation et photographie dans une esthétique qui trouble la frontière entre passé et présent. Elle est en résidence à la Villa Belleville en 2022 et à la fondation Fiminco en 2023-2024. Ses œuvres sont notamment exposées à l’Espace Voltaire en 2022 et chez Lucid Interval à Paris en 2023.

Loucia Carlier (née en 1992) vit et travaille à Paris. Ancienne élève de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris et de l’école cantonale d'art de Lausanne, elle est lauréate de la bourse Révélations Emerige en 2020. Ses œuvres, entre sculpture et peinture, forment des paysages hybrides qui créent et empilent des histoires nous projetant dans un futur dystopique. Elle est en résidence à la Villa Belleville en 2023. Son travail a notamment été présenté au Centre d’Art Contemporain de Genève en 2019, chez Art:Concept à Paris en 2021 et au Salon de Montrouge en 2023.

Xolo Cuintle est un duo d’artistes formé en 2020 par Romy Texier (né en 1995) et Valentin Vie Binet (né en 1996). Elle et il vivent et travaillent à Paris et Aubervilliers et sont issu·es de formations d’arts appliqués. Le duo produit des sculptures, du mobilier et des décors qu’elle et il mettent en scène pour créer des univers oniriques hors du temps, propices à l’évasion narrative. Les créations de Xolo Cuintle sont notamment montrées en 2021 à Double Séjour dans le cadre d'une invitation du commissaire Joël Riff et à la Manufacture des Gobelins lors d'une résidence au Mobilier national entre 2019 et 2020. Certaines sont entrées dans les collections de KADIST en 2020 et dans celles du CNAP en 2023.

Victor Gogly (né en 1994) vit et travaille à Vantaa en Finlande. Diplômé de l’École Supérieure d’Art et Design Le Havre-Rouen, cet artiste et musicien produit des œuvres qui questionnent la relation que l’humanité entretien avec le sol et le vivant. Son travail est notamment présenté au Jardin du Crépuscule à Montréal en 2021 et aux Beaux-Arts de Paris l’année suivante.

Le Collectif Grapain est un duo composé de Maëva Grapain (née en 1992) et de son frère Arnaud (né en 1989). Elle et il vivent et travaillent entre Paris et Hanovre et s’intéressent aux récits science-fictionnels et dystopiques. Le duo construit des sculptures et installations inspirées de rebuts industriels. Leurs œuvres sont présentées dans de nombreuses institutions dont le Kunstverein de Hanovre en 2021, la Grande Halle de la Villette et le Kestner Gesellschaft en 2022.

Louise Hallou (née en 1993) vit et travaille à Paris. Diplômée de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, elle travaille la performance, l’installation et l’écriture. Elle crée des ensembles poétiques et narratifs qui nous invitent à nous laisser aller à la rêverie collective. L’artiste participe au programme Création en cours des Ateliers Médicis en 2021-2022. Son travail est notamment présenté à la biennale de Mulhouse en 2019 et au 6B à Saint-Denis en 2021.

Andréa Spartà (né en 1996) vit et travaille à Paris. Il obtient son diplôme de l'École nationale supérieure d'art de Dijon en 2019. Son travail de sculpture et d’installation s’inspire d’objets domestiques qu’il met en scène en les sortant d’un contexte quotidien. Il est résident à la Cité Internationale des Arts à Paris en 2021 et à la Fondazione Pistoletto de Biella en Italie l’année suivante. Il est exposé dans des lieux tels que la Kunsthalle de Berne, le Musée des Beaux-Arts de Dole, ou la Fondazione Zimei à Pescara en Italie.

Sandar Tun Tun (né∙x en 1989) vit et travaille à Marseille. Son travail se construit autour de la fabulation, de nouvelles alliances et trajectoires collaboratives. Artiste, chercheur·x, DJ et compositeur·x, iel développe une pratique sonore, spatiale et performative centrée autour de l’écoute, réactivité sensible et critique. Son travail est présenté à la Friche La Belle de Mai en 2022 et au centre d’art de la Villa Arson ainsi qu’au Beursschouwburg à Bruxelles en 2023.

Chloé Vanderstraeten (née en 1996) vit et travaille à Paris. Diplômée de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris et l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris en 2021, elle travaille principalement le dessin et le papier. Elle aborde ce dernier dans sa matérialité par le pliage et la découpe, révélant un dialogue entre corps et architecture. Elle est en résidence à la fondation Anni et Joseph Albers à Bethany aux Etats-Unis en 2023. Ses œuvres ont été exposées, entre autres, au Hangar Y de Meudon et à la Fondation Van Gogh en Arles en 2022.

Documents

Agenda

  • Dimanche 3 décembre 2024, 14h-18h

    lunulae #1

    Vernissage

    Vernissage du premier chapitre du cycle d'expositions hors les murs «lunulae» du commissaire Thomas Maestro, avec une performance de Louise Hallou entre 15h et 17h. 

    Navette gratuite Paris/Sainte-Genevièves-des-Bois: départ à 13h30 du 104 avenue de France, 75013 Paris (métro Bibliothèque François Mitterrand). Réservation indispensable: reservation@cacbretigny.com.

    Entrée libre. Le vernissage sera accompagné d'un goûter. Espace Brel, Donjon de Sainte-Geneviève-des-Bois.

  • Du dimanche 3 décembre au dimanche 14 janvier

    lunulae #1

    Exposition

    Cette première exposition du cycle «lunulae» se situe sous la surface de la terre, des corps et des esprits, dans les recoins de nos cachettes secrètes. Les artistes suggèrent ici, par indices, les mystères des profondeurs. Victor Gogly, Loucia Carlier, Chloé Vanderstraeten et Louise Hallou portent attention à la manière dont le monde extérieur influe sur nos univers intérieurs. Elles et il observent les limites qui séparent, protègent et lient les êtres à leurs environnements extérieurs.

    Entrée libre. Du mercredi au vendredi de 14h à 18h et les samedis et dimanches de 10h à 13h et de 14h à 18h. Espace Brel, Donjon de Sainte-Geneviève-des-bois.

  • Samedis 16 décembre 2023, 6 et 13 janvier 2024, 15h-16h30

    «Paysage fossilisé»

    Atelier de pratique artistique pour tou·tes

    Les participant·es découvrent dans l’exposition «lunulae #1» les compositions de l’artiste Victor Gogly, qui agglomère dans ses œuvres différents éléments organiques et manufacturés. À leur tour, elles et ils rassemblent divers composants naturels et artificiels dans une bougie que chacun·e fabrique entièrement! 

    De 3 à 99 ans. Gratuit sur inscription: reservation@cacbretigny.com ou +33 (0)7 85 01 10 31. Espace Brel, Donjon de Sainte-Geneviève-des-Bois.

  • Du lundi 26 février au dimanche 3 mars

    lunulae #2

    Exposition

    Les visiteur·euses du salon du livre jeunesse sont invité·es à découvrir le deuxième chapitre du cycle d’expositions «lunulae». L’installation de Loucia Carlier nous plonge dans les mondes souterrains de l’artiste. Inspirées par diverses sources de savoirs et récits de science-fiction, ses œuvres nous projettent dans des scènes énigmatiques, où du mobilier miniature côtoie des météorites prête à s’écraser; un brin d’ADN reproduit en bas‑relief; ou encore une figure rappelant un·e extraterrestre.

    Entrée libre, aux horaires d'ouverture du salon.
    Salon du livre jeunesse, Espace Olympe-de-Gouges à Saint-Germain-lès-Arpajon.

  • Du samedi 23 mars au samedi 6 avril 2024

    lunulae #3

    Exposition

    Lors de ses explorations du territoire, Victor Gogly récolte les matériaux qui composent certaines de ses œuvres. Il s’inspire également des sons qui l’entourent, pour nourrir des compositions musicales qui lui permettent d’accéder à un état quasi méditatif et de prêter une attention particulière au monde. Sa pratique musicale influence son travail de dessin et de peinture, dans lequel on peut voir des silhouettes immergées dans des paysages désolés. L'artiste est invité par le commissaire Thomas Maestro à présenter ces différents aspects de son travail pour le troisième chapitre du cycle d'expositions «lunulae».

    Entrée libre, aux horaires d'ouverture de la médiathèque.
    Médiathèque Marie Curie de Saint-Michel-sur-Orge.

  • Du samedi 25 mai au samedi 6 juillet 2024

    lunulae #4

    Exposition

    Quatrième chapitre du cycle d'expositions «lunulae» du commissaire Thomas Maestro.

    Entrée libre. Du mardi au samedi de 14h à 18h.
    Espace de la Croix Louis de Brétigny-sur-Orge

  • Samedi 6 juillet 2024, 14h-20h

    lunulae et Les conjugueuls

    Finissage de la saison hors les murs

    Finissage de la saison 2023-2024 hors les murs, avec une programmation commune aux cycles d'expositions «Les conjugueuls» de la commissaire Valentina Ulisse et «lunulae» du commissaire Thomas Maestro. 

    Navette gratuite Paris-Brétigny: départ à 15h45 du 104 avenue de France, 75013 Paris (métro Bibliothèque François Mitterrand). Réservation indispensable: reservation@cacbretigny.com.