Partir du muscle, corps-plateforme(r)

Daisy Lambert

  • U+0052-001

    Lettre maj. latine R

  • BRETIGNY

    Titrage

  • s.n.

    Impression noire, 1,7 × 1,6 cm

  • La Gazette de l'Île-de-France

    13.12.1966

«Partir du muscle, corps-plateforme(r)» 

Grève des ouvriers des sablières de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges pour l’amélioration des conditions de travail en 1907-1908.

Défilés de militant·e·s communistes à Arpajon contre la montée du fascisme pendant l’entre-deux-guerres.

Coalition des employées de mairie femmes de Morsang-sur-Orge, Sainte-Geneviève-des-Bois et Vigneux-sur-Seine «Pour avoir le temps et les moyens de vivre» en 1966.

Occupation de l’église du Sacré Cœur de Sainte-Geneviève-des-Bois par des travailleur·se·s sans papier pour leur régularisation en 2002.

«Émeutes urbaines» à Grigny et Brétigny-sur-Orge suite à la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré en 2005.

Révoltes de prisonnier·e·s  de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis pour une amélioration des conditions de détention en 2016 et 2020 entre autres…

À partir d’archives locales textuelles, visuelles et audiovisuelles, on peut dresser une longue liste d’évènements plus ou moins violents s’étant déroulés en Essonne entre le 20e et le 21e siècle. Ils représentent la partie visible d’un processus qui est d’abord éprouvé dans le quotidien d’individu·e·s avant de s’incarner dans l’espace public. Mais que dit cette histoire factuelle et opaque de la dimension sensible des révoltes? Comment ces dernières s’inscrivent-elles dans les corps? Comment aborder la violence invisible qui marque les individu·e·s pris·e·s dans des mécanismes de luttes collectifs ou personnels? Quels récits s’y déploient?

Le projet «Partir du muscle, corps-plateforme(r)» explore des modes d’expression où l’éprouvé du corps est un point de départ. Pour le théoricien et commissaire d’exposition Bonaventure Soh Bejeng Ndikung, il est possible de concevoir le corps comme une plateforme, une scène, un site autant qu’un moyen d’apprentissage à travers le concept de corpoliteracy. En d’autres termes, le corps est une structure complexe qui acquiert, stocke et diffuse des connaissances. Résistant à la classification archivistique, le corps est une contre-archive, une archive alternative en soi. Il est une interface faisant le pont entre mémoire collective et inconscient individuel.

L’expression «partir du muscle», empruntée à la théoricienne Elsa Dorlin, ancre l’agir politique dans une réflexion corporelle et affective. Elle permet d’élaborer des mécanismes d’autodéfense face aux agressions quotidiennes, conscientes et non conscientes. La notion de «corps-plateforme(r)», quant à elle, se focalise sur la possibilité d’entrevoir le corps comme un terrain de jeu, un outil malléable pouvant s’armer contre les obstacles qui se dressent devant nous.

«Partir du muscle, corps-plateforme(r)» invite les artistes Geneviève Dieng, Sacha Rey, Johanna Rocard et Fanny Souade Sow. Sous formes d’ateliers à destination de publics scolaires et adultes, iels poursuivront leurs expérimentations plastiques et/ou performatives autour de formes de résistances collectives. La résidence sera prolongée par une exposition collective au printemps 2023.
 

Daisy Lambert est née en 1994. Elle vit et travaille en région parisienne. Diplômée de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en histoire, histoire de l’art et patrimoine et musées, et de Sciences Po Paris en politiques publiques culturelles, Daisy Lambert est aujourd’hui commissaire d’exposition indépendante. Entre 2016 et 2022, elle participe à plusieurs projets d’expositions collectives en France et à l’étranger: Spot Production Fund—Istanbul, Turquie; Cneai (Centre national édition art image)—Pantin; Van Abbemuseum—Eindhoven, Pays-Bas; Le Lac—Bruxelles, Belgique. En 2020-2021, elle était assistante de collection au Cnap (Centre national des arts plastiques). En lien étroit avec son travail curatorial, elle mène une activité de recherche. Attachée à l’étude des mécanismes d’inclusion et d’exclusion dans les institutions culturelles, elle produit en 2018 une étude sur le FRAC Martinique (Fonds Régional d’Art Contemporain) dont l’histoire a été passée sous silence. L’année suivante, elle rejoint la Queer Constituency (groupe activiste queer) du Van Abbemuseum. En 2020 et 2021 elle collabore à nouveau avec le musée et l’association Studio I pour proposer des pistes d’inclusion des communautés queer racisées dans les collection publiques d’art aux Pays-Bas. Elle publie également dans la revue numérique Faire monde(s) centrée sur la création contemporaine caribéenne.

Ce projet s'inscrit dans le cadre du Contrat d'Éducation Artistique et Culturelle (CTEAC) de Cœur d'Essonne Agglomération avec la DRAC Île de France et l'Académie de Versailles.